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 Biographie de JeanJaurès

3/5/2008

Biographie de Jean Jaurès

Jean Jaurès Jean Jaurès

Il est des hommes qu’on oublie jamais tant leur génie est grand d’intelligence et de cœur, tant ils ont apporté à l’humanité entière, tant ils restent et resteront universels et vrais, des siècles après leur mort.

Jean Jaurès est de ceux-là

Jean Jaurès naît le 3 septembre 1859 à Castres. Il est issu d’une famille de modeste bourgeoisie provinciale. Le père de Jean, Jules Jaurès, est un petit paysan ; son épouse, Adélaïde Barbaza, élève avec beaucoup de conscience leurs deux enfants : Jean l’aîné, et Louis qui deviendra amiral et député répuplicain-socialiste.

Brillant élève, Jean est reçu premier au concours d’entrée à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, dont il sort agrégé de philosophie.

Jaurès, devenu rapidement maître de conférence à la Faculté de Toulouse, ne conçoit pas alors d’autre rassemblement que celui des républicains. Tenté par la carrière politique, il est élu député du Tarn aux élections de 1885.

Battu en 1889 dans le cadre du scrutin d’arrondissement, Jaurès reprend son enseignement à la Faculté de Toulouse. Il est reçu docteur en philosophie en 1892 avec sa thèse principale De la réalité du monde sensible et sa thèse secondaire en Latin, Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte et Hegel.

Il continue également son activité politique ; depuis 1887, il collabore à la radicale ” Dépêche “, et il devient conseiller municipal, puis maire adjoint à l’instruction publique de Toulouse 1890-1893. Son expérience, sa connaissance des milieux ouvriers et des militants socialistes, ses travaux et ses recherches l’orientent vers le socialisme. Cette évolution s’achève avec la grève des mineurs de Carmaux.

Proche des guesiste, Jaurès milite avec ardeur contre les lois scélérates ou en faveur des verriers de Carmaux, renvoyés par leur patron Rességuier, qui fondent en 1896 la Verrerie Ouvrière d’Albi. Toutefois, c’est avec l’affaire Dreyfus que Jaurès rentre pleinement dans l’Histoire.

Jaurès et son Parti Socialiste Français s’engagent en faveur du bloc des Gauches et du gouvernement Combes 1902 1905 qui prépare le vote de la séparation des Églises et de l’État (Décembre 1905). Réélu en 1902 député du Tarn, fonde l’Humanité en 1904.

Jaurès va, les dix dernières années de sa vie, lutter contre la guerre.

Il a rédigé en 1910 une importante proposition de loi consacrée à l’armée nouvelle dans laquelle il préconise une organisation de la Défense Nationale fondée sur la préparation militaire de l’ensemble de la Nation.

Carmaux sous la Troisième république

Les vingt cinq ans durant lesquelles Jaurès fut député de Carmaux marquèrent une évolution capitale dans la vie de la cité.

De bourgade rurale, Carmaux devient alors une petite cité industrielle.

A cette époque, les mineurs produisent, dans des petits jardins attenants à leurs habitations, les éléments de base de leur nourriture : le porc consommé en saucisses ou en salé, les lapins et les poulets, quelques légumes secs, peu de légumes verts. Ils doivent acheter le pain (800 grammes par jour et par homme) et enfin le vin qui complètent leur nourriture habituellement, proche de celle des paysans de l’époque.

C’est d’ailleurs l’augmentation de ces denrées de base qui, pour la première fois, sera à l’origine des mouvements sociaux à partir de 1883.
Les verriers, compte tenu de l’aspect de leur métier et en raison de leur salaire plus élevé, ont une nourriture plus riche. C’est au cours de cette période que se développent deux nouveaux quartiers ;

- Un, le long de la Route Impériale 88

- Un autre à forte densité ouvrière, dans le faubourg Saint Cécile. C’est ici que logent de nombreux mineurs dans de petites maisons entourées d’un jardin, louées à la fin du siècle, 100 à 120 francs par an. Les moins fortunés sont logés par la ” Compagnie ” dans des logements plus exigus, les ” maisonnettes ”

La ville s’est également transformée sur le plan sociologique et le sentiment que seule la richesse terrienne peut donner des droits politiques s’est peu à peu effacée. De 1848 à 1892, les facteurs idéologiques et politiques ont été si nombreux et si variés que c’est à travers un enchaînement de transformations successives de nature variée, de portées parfois inégales, que s’est peu à peu façonnée une identité ouvrière dans un bassin que tout, si ce n’avait été le charbon, prédisposait à rester profondément agricole. Cette influence de l’industrie en plein essor a agi sur les mentalités, sur la ville, sur les hommes. En 1893, il s’en est trouvé un qui a symbolisé cette prise de conscience et depuis, Carmaux reste fidèle à Jean Jaurès et à son idéal.

Les mines de Carmaux

Les mines de Carmaux img25.gif

En ces années 1890, Carmaux est le cœur d’un bassin industriel houiller et verrier, mais il y a en 1895, 3000 mineurs actifs pour 1000 verriers environ, répartis très inégalement entre trois agglomérations :

Carmaux, Saint Benoît, Blaye et bientôt quatre, avec Cagnac, car l’exploitation de la mine se déplace.

L’extraction de la houille est donc éclatée sur des lieux divers, tandis que les industries annexes, ateliers, préparation des charbons ; triage et lavage, cokerie, agglomérés sont concentrés à Carmaux, véritable cité industrielle où la verrerie est également fixée près de la gare. Le paysage industriel, qui n’est pas celui d’un pays noir, est dominé par les chevalements des puits, les hautes cheminées de la verrerie et celles de la mine qui produit elle-même la vapeur qui actionne la machinerie des puits et les pompes d’épuisement.

Pour le mineur de fond : la journée commence très tôt. Dans la nuit qui précède l’aube, c’est le rassemblement au vestiaire, pour endosser l’habit de travail constitué de vêtements usagés : vielles chemises, pantalons de velours râpés, et de sabots, rarement de vieilles chaussures car le mineur n’en a qu’une paire, celle de son mariage dans la plus part des cas, et la fait durer le plus possible.

Il passe ensuite à la lampisterie pour remplir et allumer sa lampe et il attend son tour pour prendre la cage. Les premiers descendus seront les premiers remontés ; c’est le règlement. A cette époque les mineurs travaillent en couple ; ils assurent l’abattage du charbon, le boisage du chantier et l’évacuation de la houille jusqu’à la première galerie de roulage, où les rouliers les relaient. L’abattage se fait à la main et à l’explosif. L’équipement se compose d’un pic à une pointe, un pic à deux pointes appelé ” trace “, une pelle sert à charger le charbon dans des wagonnets dont les bords sont à plus d’un mètre de haut. Une petite hache et une scie permettent la préparation des pièces de boisage. Ainsi qu’une massette servant à frapper sur une barre utilisée pour forer les trous pour l’explosif. Dur métier, qui exige d’autant plus de force et d’endurance que les piqueurs travaillent à la tâche et au prix fait.

La création de la verrerie ouvrière

La grève a duré du 31 juillet au 22 novembre 1895. Dans un premier temps, c’est une grève de solidarité à caractère local et corporatif : le patron, Résséguier, a renvoyé le secrétaire syndical pour son action militante. Son intransigeance, ses exigences transformèrent, dans un deuxième temps, le conflit en une véritable lutte de classe qu’elle entend incarner. Combat redoutable et sans concession car il est mené au nom de principes ; le triomphe ou l’échec de l’un des adversaires est également symbolique. L’enjeu immédiat de l’issue de la grève était l’existence de syndicat, les conditions de réembauchage et de travail des verriers, le rayonnement du socialisme carmausin et l’autorité de Jaurès, député de Carmaux depuis 1893.

Jaurès appelé a Carmaux par les grévistes dès le premier août, joue un rôle primordial dans l’organisation, le déroulement et le dénouement de la grève. Il est à la fois conseiller, stratège, propagandiste, défenseur des verriers. A leur demande il s’installe en permanence à Carmaux, aux moments les plus délicats, les plus décisifs et les plus durs du conflit : les 15 premiers jours d’août et d’octobre. Entre temps il assure la liaison entre Carmaux Paris pour éviter l’isolement des grévistes. Il contribue à la mobilisation de l’opinion publique, en faisant appel aux députés socialistes, aux démocrates et à la presse internationale et régionale. Quand toute possibilité de reprise du travail, sans trahison des principes et sans abandon de la solidarité ouvrière, a échoué, c’est enfin lui qui va s’entremettre entre les verriers de Carmaux, les associations parisiennes : coopératives de consommation, syndicats et groupes socialistes, pour faire aboutir une solution honorable : la création d’une verrerie ouvrière.
Au nom des verriers carmausins, il débattra des statuts pour sauvegarder leurs droits et obtiendra l’effacement des partis politiques du conseil d’administration.

Enfin, faisant fi de tout intérêt électoral, il conseillera l’installation de la verrerie à Albi.

LÂ’affaire Dreyfus

Le 15 octobre 1894, le capitaine Dreyfus est arrêté sur ordre du ministre de la guerre, le général Mercier, et le 22 décembre, il est condamné par le conseil de guerre de Paris à la déportation perpétuelle pour avoir “livré à une puissance étrangère un certain nombre de documents secrets. Mais la “véritable” affaire, celle sur laquelle l’opinion va se déchirer, ne commence que fin 1897 avec, comme point d’orgue, la publication par Zola dans l’Aurore du 13 janvier 1898 de sa “lettre ouverte au président de la République”, titrée par Georges Clemenceau, directeur du journal, “J’accuse !”.

Les juges militaires, convaincus de tenir la preuve, condamnent le capitaine à la déportation à vie. Nombre de gens du peuple, de socialistes, de syndicalistes - Jaurès par exemple - trouvent cette peine bien douce si on la compare à la peine de mort à laquelle de “simples soldats coupables d’une minute d’égarement ou de violence”, (déclaration de Jaurès à la Chambre le 24 décembre 1894) sont condamnés sans barguigner. Le capitaine, lui, n’a pas cessé de crier son innocence.

Pendant l’été 1898, Jaurès démontre, dans son recueil d’articles Les Preuves, les mensonges accumulés par l’état major, cette “forgerie de faux”. Démasqué, le comandant Henry avoue ; arrêté, il se suicide le 31 août. Les ministres de la guerre, les présidents du Conseil démissionnent en cascade, plutôt que de devoir engager la révision. La Cour de Cassation, après avoir longtemps tergiversé, casse finalement l’arrêt de 1894 et renvoie Dreyfus devant un nouveau conseil de guerre. Lorsque celui-ci se réunit à Rennes, en août septembre 1899, un nouveau gouvernement est en place depuis juin, présidé par Waldeck-Rousseau, un avocat qui avait fait voter en 1884 la loi légalisant les syndicats. En septembre, tombe l’incroyable verdict de Rennes: Dreyfus est à nouveau condamné mais avec circonstances atténuantes. Waldeck-Rousseau propose alors de faire gracier le capitaine par le Président de la République. C’est chose faite, pour le plus grand désarroi des dreyfusards, qui, eux, attendent l’entière réhabilitation. Elle sera acquise en 1906.

Jaurès et l’International Socialiste

Le troisième combat est, évidemment, celui de la paix. Très vite, dès 1907, et jusqu’en 1914, les débats de l’internationale seront structurés autour d’une question centrale : comment les socialistes peuvent-ils empêcher la guerre que l’on sent poindre ? Idée moderne s’il en est. Mais l’idée d’une grève générale contre la guerre est repoussée en 1910, à Copenhague, par les sociaux-démocrates allemands et autrichiens.

Jaurès ne se décourage pas. À son initiative, un congrès extraordinaire se réunit en 1912 à Bâle. L’Internationale réussit à exprimer sa détermination, à constituer, selon les vœux de Jaurès, une force de dissuasion. Nous sommes en 1914. La guerre approche. Le 29 juillet 1914, Jaurès rejoint à Bruxelles les autres leaders socialistes européens.
Le 31 juillet, la guerre est déclarée. Jaurès espère encore dans ce congrès qui doit se réunir le 9 août qu’il prépare, qu’il attend. Mais son destin le rattrape.

Jaurès est assassiné et, peu après, l’Internationale se délite.

Jaurès et la Dépêche

LA DÉPÊCHE JOURNAL DE LA DÉMOCRATIE

Un homme et un journal au service de la démocratie. Entre Jean Jaurès et la Dépêche, ce sont entre 1887 et 1914, vingt années de collaboration libre et confiante. Plus de 1300 articles qui marquent la consolidation de l’idée républicaine dans le midi toulousain et, les choses allant de pair, l’évolution de la pensée de son héraut le plus charismatique.

“Pour ma dignité comme pour la sienne, jamais la Dépêche n’a contesté
ma pleine liberté de paroles”. Lorsque Jean Jaurès lance cette affirmation, au cours d’une réunion publique, à Toulouse, au printemps 1908, cela fait plus de vingt ans qu’il publie régulièrement ses chroniques dans “son” journal.

Son premier ” papier ” date en effet du 21 juin 1887, et entame une longue collaboration qui ne s’éteindra vraiment qu’avec l’assassinat du tribun. Car même à la tête de “l’Humanité”, il n’oubliera jamais d’adresser les points de vue au journal de la démocratie. Et son dernier article, prophétique, sur la tourmente qui menace le monde, sera publié dans les colonnes de “La Dépêche”, la veille de sa mort.

Ce texte a pour titre “L’oscillation au bord de l’abîme”. Nous sommes le 30 juillet 1914…

Pendant vingt-sept ans, donc, chaque semaine, le lecteur va retrouver la signature de jean Jaurès ou son pseudonyme “Le Liseur”, qui s’exprime ici sur les sujets les plus divers. Journaliste engagé.
Nous lui devons aussi de véritables traités sur la politique économique, avec ses fameuses mises en garde sur la concentration, la surproduction et… le chômage Quel que soit le sujet abordé, partout et toujours, c’est la défense de la démocratie qui porte l’écriture de Jaurès. Il est, dès 1890, le journaliste engagé aux côtés des mineurs, qui réclame leur sécurité et la création de caisses de retraite.

Pour ma dignité comme pour la sienne, jamais la Dépêche n’a contesté ma pleine liberté de paroles.

L’assassinat de Jaurès

Raoul Villain Raoul Villain l’assassin de Jean Jaurès

Le 31 juillet 1914 Jaurès et des amis dînent au café du Croissant. Le dîner s’achève. Un journaliste, René Dolier, s’approche, montre à Landrieu une photo : - c’est ma petite fille.

- Peut-on voir ? dit Jaurès.

Il se penche sur la photo. À cet instant précis, le rideau s’écarte brusquement. Une main, un revolver. Deux coups de feu. Un cri de femme : - Ils ont tué Jaurès !

Jaurès mourra quelques minutes plus tard. Il n’y a plus d’obstacles à la guerre. Dehors, le metteur en pages de l’Humanité, Tissier, a vu Villain tirer et tenter de s’enfuir vers la rue de Réaumur. Il l’a rattrapé, l’a assommé d’un coup de canne. Un policier les a rejoints, s’est emparé de l’assassin. Villain prétend ne pas parler, puis il se décide :

- Je me nomme Raoul Villain et j’ai vingt-neuf ans, Mon père exerce encore les fonctions de greffier au Tribunal civil de Reims. Ma mère est, depuis vingt ans, pensionnaire d’un asile d’aliénés.

“Pourquoi j’ai tué Jaurès ? J’ai voulu, dans des circonstances aussi graves que celles que nous traversons, supprimer un ennemi de mon pays. N’allez pas imaginer que je fais partie d’un groupement politique quelconque. Je n’appartiens à aucune ligue ni révolutionnaire ni réactionnaire ; j’ai agi de mon propre mouvement”.

L’acte d’accusation, en date du 22 octobre 1915, adopte sans hésitation la thèse du crime solitaire : “L’instruction a établi que l’accusé n’avait pas de complices. Il était seul au moment où il a tiré (… ) il a été démontré qu’il ne fréquentait pas les groupements politiques militants et qu’il n’avait point entretenu de relations avec les agitateurs des partis extrêmes”.

Nous savons que Villain, dans l’organisation parallèle des jeunes Amis de l’Alsace-Lorraine, a fréquenté les Camelots du Roi, Il suffit souvent, à un esprit faible, de rencontrer un esprit fort pour donner un contour à des velléités. L’instruction a établi que l’accusé n’avait pas de complices. Il était seul au moment où il a tiré.

Ce n’est qu’en 1919 que l’on jugera Raoul Villain. Il sera acquitté ! On est au plein de l’ivresse de la victoire. Des urnes va sortir la Chambre « bleu horizon ». Douze jurés ont donc considéré que ce n’était pas une faute d’avoir abattu Jaurès qui, si on l’avait écouté, aurait privé la France de sa victoire. La famille Jaurès devra même payer les frais du procès.

Villain est allé se réfugier dans l’île d’Ibiza. Grâce à un petit héritage, il s’est fait construire une maison On l’appelle le “fou du port”.

La guerre civile espagnole éclate. À Ibiza, les nationalistes tentent de prendre le pouvoir. Les républicains bombardent l’île, y débarquent. On leur indique la maison du “fou du port” comme pouvant abriter un suspect. Ils s’y rendent, interrogent le propriétaire, découvrent son identité.

Sur la plage de galets, un peu plus tard, on retrouvera un cadavre, la gorge éclatée, la poitrine percée d’un trou rouge, béant. C’est là tout ce qui demeurait de Raoul Villain, l’homme qui avait tué Jean Jaurès.

Catégorie : Bréves

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